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avril 26, 2020 – 3:42 | Views: 47

L’intellectuel ivoirien Franck Hermann Ekra livre un point de vue africain sur la crise sanitaire mondiale du coronavirus.

(Crédits : Reuters)

L’Afrique est, pour l’instant, moins touchée que le reste du monde par la pandémie de nouveau coronavirus. La grande majorité des Etats a réagi avec rapidité et fermeté pour tenter d’empêcher le « pire » : une propagation incontrôlée du virus dans les immenses centres urbains du continent, où les systèmes de santé publique sont souvent défaillants. Si la crise sanitaire mondiale a révélé les fragilités des Etats du continent, il a dans le même temps fait jaillir une sorte d’effervescence intellectuelle.

A la mi-avril, cinquante penseurs, activistes, artistes et décideurs africains, réunis par l’économiste togolais, Kako Nubukpo, et le sociologue sénégalais, Alioune Sall, ont signé un texte appelant à la mobilisation des « forces vives » contre la pandémie. Un appel à mettre en commun leurs réflexions pour repenser l’Afrique et contrer les récits prédisant la « fatalité » d’une catastrophe. « Ce qui pouvait ressembler jusqu’ici à une utopie est entré dans l’espace des possibles », affirment-ils.

Cocoordinateur de cette initiative, l’intellectuel ivoirien Franck Hermann Ekra livre un point de vue africain sur cette crise globale. Pour cet analyste politique et critique d’art, le Covid-19 peut être l’opportunité de penser « l’Afrique d’après ».

Que peuvent ou doivent faire les intellectuels d’Afrique en cette période de crise sanitaire globale ?

Franck Hermann Ekra L’emballement médiatique provoqué simultanément par la réception de projections catastrophistes sur les conséquences de la pandémie pour l’Afrique, émanant du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, et la fuite d’une note prospective de la diplomatie française à la tonalité de prophétie autoréalisatrice, nous ont poussés à dépasser nos contradictions pour parler d’une seule voix.

Des grandes figures de la pensée se sont positionnés publiquement, tel que l’écrivain nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986, les philosophes sénégalais Souleymane Bachir Diagne et ghanéen Kwame Anthony Appiah. Ils prennent part à ce mouvement qui se veut d’insurrection intellectuelle, de réveil africain.

En situation de double contrainte entre le risque de dénonciation d’une posture d’affichage et d’indexation par les contempteurs de la trahison des clercs, les intellectuels africains ont décidé d’assumer ensemble leur fonction d’éclairage. Agir, militer, travailler pour défendre la société face au péril épidémique suppose une mobilisation générale sans distinction de sensibilité idéologique, du spectre du post-marxisme à celui du libéralisme.

Cet appel est un point de départ, l’expression d’une foi et d’une espérance dans l’esprit de solidarité qui a donné naissance en 1963 à l’Organisation de l’Unité africaine, devenue Union africaine. Nous espérons d’ailleurs aller plus loin en engageant un dialogue et des actions avec nos instances continentales pour dessiner ensemble, pour nous et par nous-mêmes, l’Afrique d’après.

Comment analysez-vous l’impact de cette crise sanitaire mondiale sur le continent africain et que révèle-t-elle ?

Pour la première fois, nous sommes confrontés à la mondialisation autrement que virtuellement. Ce virus « manuporté » est une métaphore biologique et physique du village global qu’il matérialise en le vampirisant. Le flux d’images à haut débit, d’un Occident désorienté, cantonné à la gestion de la pénurie et la mise à nue des failles de ses systèmes médicaux en incapacité d’absorber le choc de l’épidémie, a achevé de nous convaincre d’un état d’impuissance mondiale, d’un renivèlement de l’ordre international.

L’idée qu’une meilleure réponse pourrait provenir d’une Afrique coutumière de l’épreuve, des arts de faire et de résistance, d’une économie de l’inventivité et de la débrouille, s’est progressivement imposée sous la forme d’un fol espoir : celui d’une exception africaine face aux dangers qui menacent la biosphère.

Cette pandémie est un événement « sursignifiant », comme disait le philosophe Paul Ricœur, dont l’impact transforme notre rapport au monde et à sa compréhension, puisque chacun reconnaît désormais les limites de ses certitudes. Les Africains sont confrontés aux mêmes difficultés que le reste du monde avec toutefois un paradoxe temporel : nos Etats subissent de plein fouet les conséquences économiques de la crise avant ses effets sanitaires. Cette situation illustre une interdépendance trop souvent réduite à la dépendance à une économie d’empire.  

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Source: lemonde.fr

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